Un matin pas comme les autres

Ce  matin-là, je suis resté dans mon lit. Ce n’était pas étonnant, car cela m’arrivait bien des matins. Mais, celui-là avait un goût particulier. Pas ce goût habituel de déjà vécu. Ni ce goût de ras-le-bol occasionnel. Ni ce goût de je-veux-simplement-rester-dans-mon-lit. En fait, je ne voulais pas rester dans mon lit. Je voulais faire quelque chose, ce matin-là. Puis les matins qui suivent. Surtout les matins qui suivent.

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Crédit photo: lazycookie.com/

Mes yeux fixaient le plafond, mais je ne le regardais pas. Mes pensées se bouillonnaient. Se brouillaient. Je les ai laissées couler  quelques instants, pour s’éclaircir. Je ne sais plus si ces instants étaient mesurables en minutes ou en kilomètres. Le temps et l’espace n’étaient devenus qu’un. Puis, d’un coup, j’étais revenu sur terre. C’était devenu clair.

C’était devenu clair que…

Ce matin-là était relié à un autre matin. Un matin où j’étais à bord de tout foutre en l’air, pour des raisons restées sombres. J’avais pris ma « retraite » du reste du monde. J’avais également fait de nombreux voyages – de courte durée – dans le temps et l’espace. Puis j’avais simplement repris mon train-train quotidien, comme si la matinée en question n’avait jamais existé. Ce matin-là était donc la suite de l’autre matin. Parce que le temps s’était arrêté depuis lors.

Pourtant, ce matin-là était bien différent. Je trouvais des réponses à des questions posées, l’autre matin. Je remettais en question des décisions adoptées, l’autre matin. Je tournais et retournais questions et réponses dans ma petite cervelle, me vidant et me remplissant, comme pour en faire un cocktail. Cette fois, je ne voulais pas faire semblant qu’un matin aussi crucial n’avait jamais existé.

J’ai voulu…

J’ai voulu partir. Mais je suis déjà parti. Très loin, même. J’ai voulu m’isoler dans le calme et le silence. Mais là, tout ce que je pouvais entendre, c’était mes propres monologues intérieurs. Mon mal de crâne en était le seul témoin.  J’ai voulu être libre et indépendant. Mais je l’étais entièrement, déjà. Si bien qu’on appelait ça « être imprudent ». J’ai voulu plus d’intimité, aussi. Mais là, j’en avais tellement que je pouvais me promener complètement nu dans mon appartement. J’ai voulu changé beaucoup de choses. Mais les choses avaient tellement changées, déjà, qu’elles étaient devenues méconnaissables.

C’est ce qui a rendu mes idées claires, ce matin-là. J’ai compris que j’avais eu tout ce que j’ai toujours voulu, pour être plus productif. Mais je n’étais pas plus productif. Ce matin-là, j’étais épuisé de chercher des excuses. Il y en avait plus. C’était clair.

C’était clair que…

J’avais plein d’idées mais j’étais devenu incapable de les accoucher. Je trouvais toujours la bonne excuse. Ma productivité était réduite à tout-remettre-à-plus-tard. Et la pile grossissait. Ce matin-là, elle était renversée.

Ce matin-là, j’ai pris conscience de tous les privilèges que j’avais, que j’aurais tant aimés avoir eu dans le temps, mais que je n’avais pas eus. Et pourtant j’étais beaucoup plus productif en ce temps-là.

Ça y est. J’étais devenu une autre personne. Chaque personne doit avoir sa propre méthode pour être productive. Ce qui a marché pour l’autre ne marchera pas forcément pour moi.

Ce matin-là, j’ai compris ce qui marcherait pour cette personne que je suis devenue. Alors je suis sorti de mon lit. Un peu comme l’autre matin, un peu comme tous les matins, mais avec la conviction d’être plus productif.

Plume féconde

Publié par Plume féconde

Je suis un aventurier, accro à la lecture, à l’écriture et au Web. Je suis Haïtien, mais depuis 2013 je réside à New York où je travaille comme traducteur et Interprete, tout en poursuivant des études en sciences juridiques et linguistique.

2 commentaires

Tu as tout ce que tu voudrais, tu seras sans doute maintenant très productif. Très bon retour.

Plume féconde
laplumefeconde

Merci. J’essayerai. 😉

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