Balade en solo sur le vieux continent

J’ai fini par réaliser que rester en place ne me convient pas. Alors je m’en vais faire un tour sur le vieux continent. Valise faite, billet en poche, je me laisse enfin attirer dans les filets de ce territoire dont j’ai tant appris dans les pages d’histoires, mais qui m’est jusque-là inconnu, parce que mes pieds n’ont pas encore marché dans ses rues, mes yeux admiré ses couchers de soleil, ma peau senti sa brise du matin…

Crédit photo: francaisfacile.com

But du voyage

Non, ce n’est pas pour le travail. Ni pour les études. Ce n’est pas non plus pour voir de la famille ou des amis.  Ce n’est pas un voyage en groupe, entre amis, ou même en amoureux. Seul, je pars simplement m’inventer une nouvelle page d’histoire dans la partie la plus étudiée de l’Histoire du monde. N’est-ce pas suffisant comme raison ?

Compte tenu de ma réalité sociale, cette escapade en solitaire devait rester un rêve lointain. Ou encore, pour me conformer à ma réalité haïtienne, je devais attendre qu’une occasion se présente et me pousse à atterrir aussi loin. Dans le meilleur des cas, je prendrais des vacances dans un coin familier : mon pays ou ma ville natale, chez des parents ou des amis qui vivent à l’étranger… à moins que je ne parte en groupe. Mais voilà que j’ai décidé de briser ces chaines traditionnelles. Parce que le but de voyager c’est de découvrir d’autres bouts de terre, d’autres cieux, d’autres mondes…

Crédit: blog.letudiant.fr

Aventurier de mon état, la moindre des choses que je puisse faire est de m’envoler seul vers la terre du début de la civilisation. C’est peut-être risqué d’errer tout seul dans un coin totalement inconnu du monde avec des moyens limités. Mais qu’on se rassure, je suis du monde moderne et l’accès à l’information et à la communication rend mon évasion à 6 000 kilomètres pas si différent d’un détour dans l’autre pièce.

Un changement d’air

Il ne s’agit pas de parcourir le monde. Il s’agit simplement de me laisser aller aussi loin que mes ailes peuvent m’emmener.  Cela aurait pu être le quartier voisin. Après tout, un changement d’air peut se faire à tous les niveaux. Pour moi, il est strictement nécessaire de bouger. Cela favorise ma croissance personnelle et m’aide à voir le monde sous un autre angle. Sinon, je m’asphyxie. L’Amérique étant devenu un chez moi beaucoup plus grand, il est temps pour moi d’aller respirer l’air frais d’un continent voisin.

Crédit photo: gate1travel.com

Je vais étaler mes ailes et me laisser guider par le vent. Me poser sur les branches de Marseille et me fondre dans son paysage montagneux et au bord de ses mers. Me laisser réchauffer par la chaleur humaine et multiculturelle de Paris, dans ses rues étroites. Gouter aux saveurs de Rome à travers ses délicieuses pâtes et ses caves épicées. Me perdre dans les quartiers de Bruxelles pour ensuite me retrouver face à face au Manneken-Pis et dire bonjour aux institutions de l’Union européenne. Me laisser attirer par le rayonnement culturel de Barcelone. Apprécier pleinement le sens du dépaysement et contempler la beauté de dame nature.

Ne pas amener de compagnie n’élimine pas la possibilité de m’en faire en cours de route. En fait, ça peut même l’augmenter. Et… peut être que je ne serai pas totalement seul, si vous me faites l’honneur de faire le voyage avec moi. Alors, que l’aventure commence !

A suivre…

Publié par Plume féconde dans Aventures, 13 commentaires

Un matin pas comme les autres

Ce  matin-là, je suis resté dans mon lit. Ce n’était pas étonnant, car cela m’arrivait bien des matins. Mais, celui-là avait un goût particulier. Pas ce goût habituel de déjà vécu. Ni ce goût de ras-le-bol occasionnel. Ni ce goût de je-veux-simplement-rester-dans-mon-lit. En fait, je ne voulais pas rester dans mon lit. Je voulais faire quelque chose, ce matin-là. Puis les matins qui suivent. Surtout les matins qui suivent.

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Crédit photo: lazycookie.com/

Mes yeux fixaient le plafond, mais je ne le regardais pas. Mes pensées se bouillonnaient. Se brouillaient. Je les ai laissées couler  quelques instants, pour s’éclaircir. Je ne sais plus si ces instants étaient mesurables en minutes ou en kilomètres. Le temps et l’espace n’étaient devenus qu’un. Puis, d’un coup, j’étais revenu sur terre. C’était devenu clair.

C’était devenu clair que…

Ce matin-là était relié à un autre matin. Un matin où j’étais à bord de tout foutre en l’air, pour des raisons restées sombres. J’avais pris ma « retraite » du reste du monde. J’avais également fait de nombreux voyages – de courte durée – dans le temps et l’espace. Puis j’avais simplement repris mon train-train quotidien, comme si la matinée en question n’avait jamais existé. Ce matin-là était donc la suite de l’autre matin. Parce que le temps s’était arrêté depuis lors.

Pourtant, ce matin-là était bien différent. Je trouvais des réponses à des questions posées, l’autre matin. Je remettais en question des décisions adoptées, l’autre matin. Je tournais et retournais questions et réponses dans ma petite cervelle, me vidant et me remplissant, comme pour en faire un cocktail. Cette fois, je ne voulais pas faire semblant qu’un matin aussi crucial n’avait jamais existé.

J’ai voulu…

J’ai voulu partir. Mais je suis déjà parti. Très loin, même. J’ai voulu m’isoler dans le calme et le silence. Mais là, tout ce que je pouvais entendre, c’était mes propres monologues intérieurs. Mon mal de crâne en était le seul témoin.  J’ai voulu être libre et indépendant. Mais je l’étais entièrement, déjà. Si bien qu’on appelait ça « être imprudent ». J’ai voulu plus d’intimité, aussi. Mais là, j’en avais tellement que je pouvais me promener complètement nu dans mon appartement. J’ai voulu changé beaucoup de choses. Mais les choses avaient tellement changées, déjà, qu’elles étaient devenues méconnaissables.

C’est ce qui a rendu mes idées claires, ce matin-là. J’ai compris que j’avais eu tout ce que j’ai toujours voulu, pour être plus productif. Mais je n’étais pas plus productif. Ce matin-là, j’étais épuisé de chercher des excuses. Il y en avait plus. C’était clair.

C’était clair que…

J’avais plein d’idées mais j’étais devenu incapable de les accoucher. Je trouvais toujours la bonne excuse. Ma productivité était réduite à tout-remettre-à-plus-tard. Et la pile grossissait. Ce matin-là, elle était renversée.

Ce matin-là, j’ai pris conscience de tous les privilèges que j’avais, que j’aurais tant aimés avoir eu dans le temps, mais que je n’avais pas eus. Et pourtant j’étais beaucoup plus productif en ce temps-là.

Ça y est. J’étais devenu une autre personne. Chaque personne doit avoir sa propre méthode pour être productive. Ce qui a marché pour l’autre ne marchera pas forcément pour moi.

Ce matin-là, j’ai compris ce qui marcherait pour cette personne que je suis devenue. Alors je suis sorti de mon lit. Un peu comme l’autre matin, un peu comme tous les matins, mais avec la conviction d’être plus productif.

Publié par Plume féconde dans Quotidien, 2 commentaires

Haïti: l’absurde manifestation contre le « mariage gay »

« Si c’est accepté dans d’autres pays, cela ne se fera jamais en Haïti », ont averti, ce jeudi, des milliers de protestataires au Cap-Haïtien qui en ont profité pour implorer le ciel afin que Dieu puisse préserver Haïti du mariage gay qu’ils assimilent à de l’abomination. Voilà ce qu’on lit dans Le Nouvelliste et qui a fait l’actualité en Haïti la semaine dernière.

Une vue de la manifestation au Cap-Haïtien. Crédit photo: Le Nouvelliste.

Comme beaucoup de gens, je crois que ce mouvement a été enclenché pour faire diversion et détourner notre attention des vrais problèmes du pays. La question de l’homosexualité est devenue l’un de nos points faibles. Attendons-nous à de futurs déclenchements de ce genre qui, comme toujours, nous donnent au moins l’occasion d’aborder timidement ce sujet.

Lorsque des gens issus de la masse défavorisée et analphabète d’Haïti gagnent les rues juste parce qu’ils n’ont pas mieux à faire et qu’un groupe d’individus est en train de les manipuler et les utiliser à des fins politiques, je peux comprendre leur ignorance. Et je leur pardonne, tout en priant pour qu’un jour le pain de l’éducation et de l’instruction leur soit distribué en abondance, afin qu’ils soient en mesure de comprendre certains phénomènes sociaux et les accepter.

Cependant, lorsque toi, cher intellectuel de mon pays, te mêle de la partie, je suis complètement indigné et inquiété !

L’élite intellectuelle

L’élite intellectuelle a pour devoir d’éduquer et d’orienter la population. Mais, cher intellectuel, je ne comprends pas pourquoi tu encourages et défends cette soi-disant manifestation contre le mariage gay en Haïti.

As-tu vu les messages sur leurs pancartes ? Entendu leurs slogans ? Lu la violence dans leur regard ? Compris leur intention ? Est-ce ça la « valeur morale » pour toi ? Prêcher la haine, l’inhumanité ? Vouloir éliminer un groupe de personnes juste parce qu’elles sont différentes ? Faire circuler des rumeurs ? Répandre des bêtises du genre « les homosexuels sont la cause du séisme » ? Ou encore, « les homosexuels sont la cause de tous nos problèmes » ? Es-tu conscient d’encourager tout ça ? Ou peut-être, es-tu, toi aussi, incapable d’accepter le monde qui est autour de toi avec sa différence ? En 2015 ?

Désolé de toutes ces questions qui alourdissent mon billet. Mais c’est que, cher intellectuel, tu me déçois beaucoup. Je comprends parfaitement que tu aies ta croyance religieuse et je la respecte pleinement. Mais tu sais aussi que tu ne peux pas l’imposer aux autres. Chacun est libre de croire en Dieu, au Diable ou en rien du tout, dans cet Etat « démocratique » et laïque qu’est notre pays. Et puis, la plupart des religions ne sont-elles pas censées prêcher l’amour ? Ou l’amour que vous prêchez est-elle seulement pour les personnes de même confession que vous ?

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Crédit photo: Le Nouvelliste.

Alors mon cher intellectuel, pourquoi cette manifestation que tu soutiens tant ?

Parce que des rumeurs disent qu’une loi sera votée au prochain Parlement ? D’ailleurs quel Parlement ? Un Parlement dont on ignore encore les futurs membres ? Une institution susceptible de devenir un refuge pour nos malfrats les plus puissants et les plus corrompus alors que nous ne faisons rien pour l’en empêcher ? Qui se construit sur base d’élections démagogiques alors que nous y assistons les bras croisés ?

Bref, jusqu’ici personne ne nous a demandé de célébrer le mariage gay. Aucun pays, aucune organisation, aucun parlementaire n’a fait de proposition de loi sur ce sujet. D’ailleurs, ces derniers n’en auraient pas le cran. Et je les comprends. Ils sont trop soucieux de leurs postes et de tous les avantages qui vont avec, que même aborder un tel sujet avec un brin de tolérance risquerait de détruire. Et pour cause, ils sont parfois en tête de ce genre de manifestations sans fondement.

Alors pourquoi cette manifestation ?

Contre une proposition de loi sur le mariage gay ou contre l’homosexualité elle-même ?

Je pourrais être en tête d’une manifestation dont le but est de protester contre UNE PROPOSITION DE LOI qui a bel et bien été soumise. Je le ferais pour deux raisons:

Premièrement, parce que je crois qu’il est trop tôt et que comme toujours, nous serions en train de brûler les étapes. Ce n’est pas notre priorité pour le moment. Aucun pays qui autorise le mariage gay aujourd’hui n’en est arrivé là avec une population analphabète à 90 % et dans une condition pareille de pauvreté. Ce n’est même pas une question de culture, c’est une question de développement.

Deuxièmement, parce que je voudrais supporter la liberté qu’un peuple a de décider ce qu’il veut pour son pays, même si je ne suis pas forcément d’accord avec ses revendications. A condition que ce soit fait en toute logique et dans le respect.

Logiquement, on peut vouloir ou pas que son pays autorise ou pas le mariage gay puisque c’est une question d’intérêt national. Mais dire qu’on proteste contre la pratique elle-même est carrément aberrant.

PS: Le masculin « intellectuel »  est utilisé pour alléger le texte et non dans un but discriminatoire.

Publié par Plume féconde dans Opinion, 6 commentaires

« Partir à tout prix »

Crédit: Apec.fr

Crédit: Apec.fr

Je ne resterai plus ici, j’irai ailleurs
Bientôt, j’irai vers une vie pire ou meilleure
J’ignore quand, ni trop comment, je partirai
J’ignore où, mais je sais pourquoi, je m’en irai

Partir est ce qu’il existe de plus normal
J’irai pour ne causer ni subir plus de mal
Je partirai parce que j’en ai grande envie
Je partirai pour donner un sens à ma vie

Je partirai afin de fuir l’hostilité
Je partirai pour prouver mon utilité
J’irai à la rencontre de la liberté
J’y irai avec mes responsabilités

Je partirai chercher ce que je n’ai pas eu
Je partirai retrouver ce que j’ai perdu
Je m’en irai pour avoir aimé et déplu
Je m’en irai et je ne reviendrai plus

Même s’il faut passer par un désert, j’irai
Là où les sources semblent mieux couler, j’irai
Là où le soleil semble mieux briller, j’irai
Là où n’ira ma colère, je m’arrêterai

Crédit: blog.letudiant.fr

Crédit: blog.letudiant.fr

Je parcourrai la ville, le pays, le monde
J’aurai fait des miles rien qu’en quelques secondes
J’irai dans d’autres villes, d’autres bouts de terre
Dans d’autres mondes, d’autres vies ou sous la terre

Je marcherai, grimperai, sauterai, fuirai
Je prendrai l’auto, le bus, l’avion et j’irai
J’irai en jet, en fusée, en vaisseau spatial
A dos d’âne, en bateau ou en transport spécial

Qu’importe si je ne peux rien apporter
Qu’importe si l’air ne peut me supporter
La mer ne peut refuser de me transporter
La terre ne peut refuser de m’emporter

Je partirai un matin, un midi, un soir
Je serai vêtu de blanc, de gris ou de noir
Qu’importe si je pars avec ou sans papier
Qu’importe si je pars seul ou mal accompagné

Il fera peut-être une nuit chargée d’étoiles
Ou un matin sombre quand je mettrai les voiles
Même si pour moi ça risque d’être fatal
Je partirai quand viendra le moment idéal

Ecrit le 11 août 2010

Publié par Plume féconde dans En vers, 1 commentaire

Chez moi c’est… là-bas !

La carte d'Haiti (Google Maps).

La carte d’Haiti (Google Maps).

 

Le drapeau Haitien (Crédit photo: L'autre Haiti).

Le drapeau haitien (Crédit photo: L’autre Haiti).

Cher ami,

J’ai appris que tu as reçu ton visa américain. Je suis si content pour toi. Ceci est une marque de réussite dans notre pays, car toute la population n’a pas cette chance. J’ai hâte que tu visites ce beau pays, et j’ai hâte de te revoir. Comme tu le sais, ça fait seulement un an que je vis ici, mais ça m’a semblé très long. New York est la ville de rêve de plein de gens. La terre des opportunités et des accessibilités, dit-on. Je ne devrais pas me plaindre. C’est pour répondre à ta question que je dis ça. Tu m’avais demandé si je pensais que tu pourrais trouver des opportunités et y rester définitivement. Ne le prends pas mal, mais j’aimerais te dire de ne pas t’emballer. Les choses ne sont pas toujours ce que de loin elles semblent être. Tu vérifieras par toi-même.

Ce que je m’apprête à te confier, je ne l’aurais sûrement pas fait si je ne savais pas que tu allais venir. Tu n’aurais pas compris de toute façon. Vivre dans l’une des plus grandes villes du monde est un privilège, je le reconnais. Cependant, je ne cesse de me demander si j’ai fait le bon choix, si je pourrai tenir jusqu’au bout…

Tu sais, je suis si proche de mon but, mais si loin de ma famille, mes amis, mon mode de vie, mes récents projets… Ma venue ici a été une décision soudaine. Alors je suis parti laissant derrière moi des tas de projets inachevés. Et puis, se réadapter est parfois traumatisant.

C’est toujours cette même nostalgie qui m’envahit depuis un an à chaque fois que je me retrouve avec moi-même. Je vis ici, mais mon cœur est resté là-bas. J’ai soif de rentrer chez moi. Dans ce pays où j’ai vécu les 24 premières années de ma vie. Le pays des calamités. Cet enfer que tous ses fils veulent quitter. Et l’attente me semble trop longue.

J’avoue, j’ai souvent rêvé de quitter cette terre comme tous les jeunes de mon âge. Les moins fortunés notamment, dont le plus grand rêve est de vivre n’importe où, sauf dans leur propre pays. Ils disent que le pays ne leur offre rien… Mais, dis-moi, lorsque tous les jeunes courageux, déterminé et talentueux auront quitté le pays, que deviendra Haïti ? Tu ne peux pas le savoir.

Je crois bien que ce désir d’aller vivre ailleurs est né du fait qu’il n’est malheureusement pas donné à tous les Haïtiens la liberté de voyager. Il nous faut un visa pour aller partout et ce visa n’est donné qu’au plus chanceux. Alors on se dit qu’ailleurs il y a sûrement quelque chose de précieux. Et on veut à tout prix y aller.

Beaucoup me disent qu’ils donneraient n’importe quoi pour être à ma place. Quand j’ai dit à Patrick que je vivais actuellement aux États-Unis, il s’est exclamé : « Félicitations, j’ai toujours su que tu réussirais ! » Comme si vivre aux États-Unis était synonyme de réussir. Bien sûr, en ce qui me concerne, il m’a fallu gravir une bonne partie de l’échelle pour me retrouver là. Mais, dans un contexte général, tous ces sans-papiers qui arrivent de partout pour vivre mieux ici n’ont réussi qu’à se fourrer dans beaucoup de problèmes. Je te l’assure. C’est pourquoi cher ami, quoique tu fasses, ne deviens pas un sans-papier.

Ah, les sans-papiers ! Laisse-moi brièvement t’en parler. La devise de ces gens c’est « plutôt souffrir dans un grand pays que de souffrir dans un pays pauvre ». Au moins ils ont accès à la santé, la nourriture, l’eau potable… Ils ont parfois un travail misérable avec un salaire minimum, ce qu’il n’aurait même pas eu dans leur propre pays. Alors comment peut-on leur demander de rentrer ? Comment peut-on blâmer ces gens qui ont été contraints de quitter leur pays en quête d’un peu de repos, d’un peu de répit, d’une vie meilleure…

Après avoir travaillé si durement pour construire ce « grand pays », souvent, ils n’osent même pas rentrer pour visiter, par peur de l’insécurité. Cette terrible croyance qui veut « diaspora » rime avec richesse et qui fait des émigrés les cibles de malfrats. Et puis des années passent, ils deviennent des étrangers pour leur propre pays…

Je ne veux absolument pas que cela m’arrive ! Mais, comment l’en empêcher ? Je voudrais retourner chez moi, un jour, bientôt, je ne sais quand. Car rien d’autre ne peut chasser ce sentiment qui me fait venir des larmes à chaque fois que je pense à là-bas.

On dit que l’homme éclairé n’a pas de patrie. En effet, j’adore voyager et découvrir d’autres bouts de terre, d’autres cultures… C’est possible aussi que des raisons indéfinies me pousser à vivre définitivement en dehors d’Haïti. Cependant, peu importe où je suis, chez moi, c’est, et restera toujours, là-bas !

A bientôt cher ami.

Texte écrit le 9 août 2014 pour participation au concours Mondoblog 2014 dont le thème a été : « Chez moi c’est… ».
Revu et modifié.

Publié par Plume féconde dans Journal d'un émigré, 2 commentaires

Je n’écris plus…

Je n’écris pas. Je ne fais que verser de l’encre sur du papier, remplir des pages blanches. Lorsqu’on me le demande.

Je ne fais que coller des bouts de mots, pour formuler leurs idées, leurs requêtes, leurs points de vue. Lorsqu’on m’y oblige.

Je ne fais que leur servir de canal. Transmettre leur voix, tout en perdant la mienne. Satisfaire leurs envies, laissant les miennes insatisfaites.

Je n’écris pas. Je ne fais que transcrire leurs dictées. Sans fautes. J’exprime ce qu’ils veulent faire croire. Jusqu’à ce que j’y crois moi-même. J’utilise leurs propres mots. Pas les miens. Mes mots, je les tais. Si bien que je les oublie. Mes mots restent ensevelis tout au fond de moi. Je n’ose pas les exprimer. Mes mots, je ne les écris pas. Je ne les écris plus. Si je les bouillonne, ils finissent à la poubelle.

Une photo de mon propre carnet de note.

Mon carnet de notes.

Mon écriture est pleine de houille. Elle est endommagée. On croit que l’écriture est ma spécialité. Et pourtant, je n’écris même pas. Je n’écris plus. Je ne fais que gagner mon pain, en tant qu’ouvrier de plume. Ouvrier comme les autres.

L’écriture pour moi a toujours été plus que ça. Elle et moi partagions l’intimité, à un moment. Une passion intense. Elle était ma canne, mon seul refuge. Elle était ma voix, mon pain quotidien. Elle était toujours là pour m’accompagner dans ma solitude.

De nos jours, l’écriture et moi empruntons souvent la même voie, mais ne nous donnons pas la main. Pas par manque d’envie. Peut-être par manque de crânerie ?

L’écriture et moi partageons une histoire qui ne s’effacera jamais. Qui ne se terminera jamais. J’avais démarré un jour comme ça. Et je n’ai pas pu m’arrêter. Jusqu’au jour où je me suis complètement arrêté. Et je n’ai pas pu recommencer.

Mais aujourd’hui, et si je recommençais ?

Publié par Plume féconde dans Ecriture, 1 commentaire

Le mal de la page blanche

Je suis une plume féconde. C’est même difficile pour moi de faire « brève ». Lorsque coule l’encre de ma plume, c’est difficile de l’arrêter. Pourtant, ce robinet connait aussi des moments de sécheresse.
Avez-vous déjà connu la sécheresse en temps de pluie ? Permettez-moi de partager avec vous la suivante :

Les évènements se succèdent du matin au soir. Ils sont bouleversants, inspirants. J’ai l’impression que tout bouge avec magie autour de moi, que le monde s’affole. Mais c’est précisément la folie qui alimente ma plume. Dans ma tête, il y a toujours un récit sans fin. Des histoires entremêlées. Des fins heureuses. Des débuts choquants. Des idées originales. Innovation. Un jour je publierai des tas d’histoires…

Une photo de mon propre carnet de note.

Mon carnet de note.

Rien n’est plus beau que la liberté d’écrire. De faire ressortir ses plus profondes pensées. Sa conception des choses. Ça soulage. Ça libère. On ne peut être plus libre qu’avec une plume et un bout de papier. Libre… Oui, mais en ce moment précis, je suis prisonnier de mes pensées qui bloquent. Comme quand on veut tout faire à la fois, ou ne rien faire du tout.

Une capture de lécran de mon ordinateur.

Une capture de l’écran de mon ordinateur.

Je fais trois mots, puis je les efface. Je recommence trois fois de suite. Même résultats. Brusquement, j’ai faim. Je suis paralysé lorsque j’ai faim. Je ne peux plus penser, je peux plus écrire. Mais ce n’est pas très compliqué, il me suffit d’avaler un morceau…

Ça y est, c’est fait.

Je réussis cette fois-ci à faire une bonne phrase. Je la modifie trois fois. Puis je l’efface totalement. Je la réécris complètement. Maintenant, ce qu’il me faut, c’est un verre d’eau. J’ai certainement de quoi avoir soif.

Les idées tourbillonnent dans ma tête pourtant. Elles se multiplient même. Il me suffit de les accoucher… Mais, j’ai mal au dos. Je dois aller faire des exercices. Juste un moment.

J’y vais, je reviens.

Je recommence. Une dernière modification à ma « phrase ». Je me sens fatigué. Lourd. Je sue. Je m’imagine comment une bonne douche froide m’aiderait à baisser la tension…

Et hop sous la douche !

A présent c’est pour de bon. Plus d’excuses. Ma phrase se transforme péniblement en un paragraphe. Mais remplir toute la une page me semble encore lointain. Il est déjà minuit moins le quart. Et j’ai sommeil.

Je me relis une dernière fois avant de m’effondrer dans mon doux lit. Mille fautes. Du coup, j’efface tout… et la page reste désespérément blanche !

Publié par Plume féconde dans Ecriture, 1 commentaire
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